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Hôtel Maurel de Pontevès,
38 Cours Mirabeau, 13100 Aix-en-Provence


Qui se promènera sur le cours Mirabeau d’Aix-en-Provence aura la surprise de découvrir des poils pubiens sortant de la pagne de deux atlantes d’un hôtel particulier du XVIIème siècle.

Avant de nous attarder sur cet édifice au décor sculpté singulier, je vous propose un petit résumé de l’histoire d’une des villes les plus anciennes de France jusqu’à sa construction. Fondée en 123 av. J.-C. par le consul Gaius Sextius Calvinus sous le nom d’Aquae Sextiae (ou « Eaux de Sextius » en rapport à son fondateur et à son site riche en sources), Aix-en-Provence s’est ensuite considérablement développée, devenant vers 300, la capitale de la « Narbonnaise seconde » puis le siège de l’évêché de cette province. Le plus beau témoin de cette époque est le baptistère de la cathédrale dont l’aspect a peu changé depuis sa construction vers 500. La période des invasions est plutôt sombre pour la ville, qui perd son rôle de capitale pour ne le retrouver qu’à la fin du XIIème siècle, en devenant le siège du pouvoir et de l’administration des comtes de Provence. Alors divisée en trois noyaux urbains fortifiés (celui de Saint-Sauveur autour de la cathédrale et lié à son chapitre; au sud, le bourg comtale et à l’ouest la ville des Tours dépendant de l’archevêque (abandonnée au XIVème)), Aix-en-Provence se développe et connaitra son faste sous le règne du roi René. Ce dernier meurt sans héritier en 1480 et le comté de Provence est rattaché à la France. La ville garde cependant son rôle de capitale de la Provence et après des périodes de troubles, prendra son essor au XVIIème. En un siècle, la superficie de la ville fait plus que doubler, notamment grâce à la construction de deux nouveaux quartiers: celui de Villeverte en 1605 et celui de Mazarin une quarantaine d’années plus tard.

Ce dernier, surtout occupé par les hôtels particuliers et les demeures des parlementaires et grands bourgeois de l’époque, porte le nom de son concepteur, l’archevêque Michel Mazarin (frère du Cardinal). Pour le réaliser, il dut demander l’autorisation au roi de France de faire abattre le rempart méridional et d’englober le nouveau quartier dans un rempart plus au sud. Sur l’emplacement des fortifications arasées, le parlement de Provence décide de créer une « promenade à carrosse » qui ne sera nommée « Cours Mirabeau » qu’en 1876.

L'hôtel Maurel de Pontevès sur le cours Mirabeau

L’hôtel Maurel de Pontevès sur le cours Mirabeau

Le plus bel hôtel particulier de cette promenade est probablement l’hôtel de Pontevès qui abrite aujourd’hui le tribunal de commerce. Construit à partir de 1647, soit quatre ans avant la décision du parlement d’aménager le futur cours Mirabeau, ce qui en fait le plus ancien de cette promenade, il est l’œuvre de l’architecte Pierre Pavillon et a été commandé par Pierre Maurel, surnommé le « Crésus de Provence ». A l’origine marchand drapier, il s’était enrichi en développant ses activités et grâce à plusieurs mariages dont le dernier avec Diane de Pontevès, lui a permis d’attacher son nom à celui d’une grande famille noble avant de se faire anoblir par Louis XIV en 1672. Cet hôtel particulier représente en quelque sorte la réussite de son propriétaire. Sa façade, d’ordonnance classique (Dorique au rez-de-chaussée, ionique au premier étage et corinthien au second), s’efface presque derrière les deux énormes atlantes supportant un mince balcon et encadrant la porte d’entrée dont les vantaux en noyer sont ornés d’heurtoirs à tête de lion en bronze. En plus de leur taille, ces deux atlantes sculptés par Jacques Fossé, ont également le côté insolite de nous montrer un bout de leur anatomie intime: leur pagne a été positionné assez bas afin que leurs poils pubiens dépassent légèrement, ce qui est une façon peu courante d’accueillir les personnes… Cette représentation peu commune aurait été voulue par Pierre Maurel afin de symboliser ses origines populaires et sa réussite à travers la force physique et le travail.

Les deux atlantes sont l’œuvre de Jacques Fossé

Les deux atlantes sont l’œuvre de Jacques Fossé

La pagne descend assez afin de montrer un bout de ses parties intimes

La pagne descend assez afin de montrer un bout de ses parties intimes

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